« Technofascisme » : ce mot n’est pas encore dans le dictionnaire mais il s’inscrit plus que jamais dans l’air du temps et dans l’ère des nouvelles technologies utilisées pour influencer nos pensées. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que ce terme ait été largement plébiscité pour être le nouveau mot de l’année 2025. Sur les réseaux sociaux, l’IA et les algorithmes aux mains des oligarques du numérique sont ancrés dans notre quotidien.
Un nouveau mot extrêmement plébiscité
Dans le cadre d’un partenariat entre le Journal Le Soir et la RTBF, près de 3300 auditeurs, lecteurs et internautes ont voté pour choisir le nouveau mot de l’année 2025. « Technofascisme » succède donc à « ultracrépidarianisme » élu en 2021, « vélotafer » en 2022, « bombe climatique » en 2023 et « aura » en 2024.
Preuve qu’il a marqué les esprits et l’année écoulée, le terme « technofascisme » arrive largement en tête du classement avec 29% des suffrages, contre 15% pour le mot « dronisation » et les 14% obtenus pour « brainrot« . Il est vrai qu’en 2025, Elon Musk et son réseau social X, ou Mark Zuckerberg et son empire plus que virtuel – avec pour lien un certain Donald Trump – ont contribué comme d’autres oligarques du numérique à l’émergence de ce mot.
Technofascisme (n. masc.).
Doctrine politique qui cherche à démanteler les démocraties libérales pour instaurer un régime autoritaire, en s’appuyant sur les algorithmes et les réseaux sociaux afin de manipuler les comportements collectifs et de contourner les mécanismes représentatifs.
Technofascisme et les tentations des géants de la Tech
Ils essaient d’exercer un pouvoir grâce à ces nouvelles technologies et aux algorithmes
Professeure de linguistique française à L’UCLouvain et présidente du jury, Anne-Catherine Simon nous explique pourquoi le terme « technofascisme » désigne une volonté d’utiliser les nouvelles technologies pour installer un pouvoir plus autoritaire ou plus nationaliste : « Il faut parler des grandes transformations politiques et technologiques qui sont observées aujourd’hui au niveau mondial. Où les barons des nouvelles technologies sont Elon Musk avec X, Mark Zuckerberg et Meta, ou par exemple Sam Altman le patron de ChatGPT. Ils gravitent dans l’entourage du président américain Trump. Et ils essaient d’exercer un pouvoir grâce à ces nouvelles technologies, et aux algorithmes qui leur permettent d’influencer, voire de manipuler des opinions publiques. »
Il y a une volonté de démanteler les démocraties libérales
Anne-Catherine Simon souligne que ces géants des nouvelles technologies ne le font non pas au profit de la démocratie, mais bien au profit d’un pouvoir qui se veut autoritaire : « C’est là évidemment que le mot fascisme est important puisqu’il y a une volonté de démanteler les démocraties libérales pour instaurer des régimes plus autoritaires. C’est toute cette nouvelle idéologie que rassemble le mot ‘technofascisme’. »

Usage et dépendance des technologies numériques
Ce mot en dit long sur la société d’aujourd’hui
Influencer nos idées, nos opinions politiques grâce à ces nouvelles technologies que nous utilisons au quotidien n’est pas nouveau. Mais que les patrons de ces sociétés privées les utilisent pour exercer un pouvoir pour le moins autoritaire alors qu’ils ne sont pas élus démocratiquement est un phénomène aussi récent que cette tendance dite « technofasciste ».
Pour la Professeure de linguistique française à L’UCLouvain , ce pouvoir peut paraître plus important que celui d’un état, tant le monde utilise au quotidien ces nouvelles technologies.
Anne-Catherine Simon considère que le nouveau mot de l’année reflète bien le contexte dans lequel on vit actuellement : « Ce mot en dit long sur la société d’aujourd’hui. Car on est tous devenus dépendants de ces nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle générative, les réseaux sociaux, etc. C’est souvent par le biais des réseaux sociaux que les jeunes et moins jeunes consomment de l’information. Une information qui n’est plus toujours vérifiée, plus toujours établie de manière fiable par des journalistes. C’est pourquoi le mot ‘technofascisme’ prend tout son sens avec ces personnes de la Tech non élues pour exercer un pouvoir. Mais qui essayent néanmoins d’exercer un pouvoir à la fois économique, idéologique et politique. »
Créé pour évoquer les tentations populistes des géants de la Tech de la Sillicon Valley, le mot « technofascisme » dépeint un monde où la technologie numérique instaure une nouvelle forme de dictature. Une réalité qui devrait probablement devenir une nouvelle entrée dans le dictionnaire.
Par Kamel Azzouz
SOURCE : https://www.rtbf.be/article/le-mot-de-l-annee-2025-est-technofascisme-ou-lorsque-la-technologie-numerique-est-un-instrument-de-pouvoir-autoritaire-11654315
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