Plusieurs pays du continent ont durci leur législation pour pénaliser les personnes LGBT+, sur fond de discours souverainistes et d’influence de groupes conservateurs américains.

 

Le 30 mars, le Sénégal a rejoint la liste des Etats africains qui ont récemment sanctionné ou renforcé la pénalisation de l’homosexualité. Un peu plus de deux semaines après avoir été adoptée à l’Assemblée, la loi durcissant les peines prévues pour condamner les « actes contre nature », désignant les relations entre personnes de même sexe, a été promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye. Désormais, les accusés encourent entre cinq ans et dix ans de prison, contre un an à cinq ans auparavant.

Illégale dans 31 pays du continent, l’homosexualité est de plus en plus ouvertement stigmatisée en Afrique. « La répression est plus visible, plus agressive et, à certains endroits, plus codifiée dans la loi », observe l’avocate sud-africaine Melanie Nathan, directrice de la Coalition africaine pour les droits humains, une ONG qui vient en aide aux personnes LGBT+ sur le continent.

Ce ne sont pas seulement les relations homosexuelles qui sont visées, mais aussi la « promotion » de l’homosexualité, selon les termes de la loi sénégalaise. Conséquence : les organisations qui accompagnent des personnes LGBT+ sont menacées. De plus, « les lois pénalisent l’identité des personnes LGBT+ [le simple fait de se définir comme tel], ce qui est particulièrement dangereux », explique Alex Müller, directrice du programme sur les droits LGBT+ de Human Rights Watch. C’est le cas au Ghana, où la loi votée par le Parlement en 2024 encourage même les citoyens à signaler toute personne considérée comme suspecte. Non ratifiée, elle a été réintroduite sous forme de projet de loi en 2026.

« Des boucs émissaires »

Au Kenya, le projet de loi pour la « protection de la famille » a été proposé en 2023 pour aggraver les peines déjà prévues dans la loi. Il n’a toujours pas été débattu à l’Assemblée mais « toute tentative de mettre le sujet à l’ordre du jour a déjà des conséquences directes. Et le nombre de personnes qui nous sollicitent augmente », avertit Sébastien Tuller, responsable de la commission orientation sexuelle et identité de genre d’Amnesty International.

Le Mali et le Burkina Faso se sont, eux, dotés de législations réprimant l’homosexualité, respectivement dans le nouveau code pénal de 2024 et par le vote d’une loi, le 1er septembre 2025, alors que celle-ci n’était pas formellement interdite auparavant. Le Niger a déclaré les pratiques LGBT+ punies par la loi dans la Charte de la refondation, adoptée en mars 2025, sans que l’on sache comment.

La rhétorique souverainiste, selon laquelle l’homosexualité serait importée de l’Occident, est souvent convoquée pour appuyer des discours homophobes, le tout afin d’obtenir un soutien populaire. « Les gouvernements ou les responsables politiques utilisent les personnes LGBT+ comme des boucs émissaires, explique Alex Müller. Cela aide à détourner les regards de leurs échecs éventuels. » C’est ce que l’écrivaine sénégalaise Rama Salla Dieng a pointé du doigt, le 27 mars, dans une tribune publiée par le média en ligne Afrique XXI. La maîtresse de conférences à l’université d’Edimbourg voit dans la loi sénégalaise un moyen de « gouverner et surveiller les corps des plus vulnérables quand on ne peut gouverner autre chose ».

Malgré ce discours souverainiste et anti-occidental, certains partisans d’une répression accrue de l’homosexualité ont bénéficié du soutien de groupes ultraconservateurs religieux américains. Selon une enquête de l’agence de presse Reuters, l’organisation MassResistance, connue pour ses positions anti-LGBT+, a par exemple aidé le collectif sénégalais And Samm Jikko Yi (« ensemble, préservons nos valeurs »), promoteur de la loi adoptée mi-mars.

L’emballement législatif de ces dernières années sur le continent n’est pas étranger au poids croissant de ces groupes. En 2020, une enquête du site d’investigation OpenDemocracy révélait qu’une vingtaine d’organisations chrétiennes américaines avaient dépensé au moins 54 millions de dollars (46 millions d’euros) depuis 2007 en Afrique. « L’ironie du sort, c’est que cela constitue une forme de re-colonisation idéologique », avance Melanie Nathan, en référence au fait que de nombreux pays africains ont hérité de lois coloniales pénalisant l’homosexualité.

Listes de personnes publiées

En Ouganda, où ces groupes conservateurs sont particulièrement implantés, la surenchère législative dure depuis les années 2000. « Plus il y a d’homophobie dans un pays, plus les demandes d’asile faites par ses citoyens sont liées à l’orientation sexuelle », relève Jon Denton-Schneider, professeur d’économie à l’université de Clark, aux Etats-Unis. Selon ses recherches, entre 2015 et 2023, 45 % des demandes d’asile faites au Royaume-Uni par des Ougandais étaient liées à l’orientation sexuelle (et 33 % ont été estimées fondées).

Les associations d’aide aux personnes LGBT+ sont aussi touchées, rapporte Alice Nkom, avocate camerounaise et figure du combat pour les droits LGBT+ sur le continent. « Elles n’ont pas suffisamment d’argent pour fonctionner correctement et se sentent menacées », regrette-t-elle. Au Cameroun, où l’homosexualité est punie de six mois à cinq ans de prison dans le code pénal de 2016, les arrestations sont nombreuses et des personnes exposées ont déjà fait face à des lynchages. Le pays avait aussi été marqué, en 2006, par la publication dans la presse de listes de personnes présumées homosexuelles.

Par peur d’être dénoncées, les personnes LGBT+ se retrouvent progressivement isolées, à la fois socialement et vis-à-vis des services de l’Etat, y compris des structures de santé. Une étude, publiée en 2023 dans la revue scientifique britannique The Lancet et portant sur dix pays africains, a même établi que le taux de prévalence du VIH chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes est plus élevé dans les pays où l’homosexualité est punie par la loi.

Les responsables humanitaires s’inquiètent d’un recul de la sécurité des personnes LGBT+ qui se ressent au niveau mondial. « Les diplomaties américaine et européenne étaient montées au front contre l’Ouganda [après la loi de 2023. La Banque mondiale avait suspendu les prêts à destination de l’Ouganda, depuis dégelés en juin 2025], se souvient Sébastien Tuller. Aujourd’hui, avec Donald Trump au pouvoir, on craint que cette force de dissuasion ne soit plus toujours au rendez-vous. »

Malgré tout, « il n’y a pas que des mauvaises nouvelles » sur le continent, souligne Alex Müller. Plusieurs pays d’Afrique australe ont décriminalisé l’homosexualité, comme la Namibie, en 2024, et l’île Maurice, en 2023. De manière générale, la partie sud du continent apparaît moins répressive : c’est là que se situent la majorité des 11 pays africains dotés de lois interdisant les discriminations basées sur l’orientation sexuelle.

SOURCE : https://www.lemonde.fr/afrique/

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