Pour beaucoup, découvrir le sexe de son futur enfant est un moment de joie, lors duquel se révèle le fils ou la fille qu’on a toujours rêvé d’avoir. Pour d’autres cependant, cela peut être une source de grande angoisse, surtout si l’on pense qu’il s’agira d’une petite fille. Aujourd’hui encore, les femmes et les filles sont considérées comme ayant moins de valeur que les hommes et les garçons, et ce malgré les preuves que l’égalité des genres est une condition essentielle de l’avancement du développement et de la réduction de la pauvreté. Lorsque les femmes et les filles sont autonomisées, cela donne des familles en meilleure santé et plus productives, ainsi qu’une économie plus forte et un avenir meilleur pour les générations futures.

Pourtant, dans de nombreux pays, l’éducation et les opportunités d’emploi des garçons sont toujours la priorité, tandis que les filles risquent d’être mariées de force, précocement ou même étant encore enfants, pour alléger le fardeau financier de leur famille. En moyenne, les femmes du monde entier ne gagnent que 77 cents lorsque les hommes gagnent un dollar, alors qu’elles effectuent au moins 2,5 fois plus de travail non rémunéré que les hommes.

L’une des manifestations les plus extrêmes de ces normes de genre biaisées est la préférence pour les garçons, à cause de laquelle des grossesses sont interrompues, le plus souvent de force ; les femmes qui refusent de se soumettre à cette coercition risquent l’exclusion, la violence et l’abandon par leur partenaire ou leur famille.

On estime que la préférence pour les garçons a conduit à un « manque » de 140 millions de femmes et à des ratios garçons-filles à la naissance faussés en faveur des garçons. Un tel déséquilibre entre les genres peut avoir des effets durables et délétères sur les sociétés, et étouffer la progression professionnelle des femmes et des filles. Cela peut aussi conduire à des taux plus élevés d’autres normes néfastes, notamment de violence basée sur le genre, de mutilations génitales féminines et de mariages d’enfants, qui constituent des obstacles immenses à l’égalité des genres.

Rééquilibrer les choses

Nous allons à présent examiner le lancement de programmes dans plusieurs pays par l’UNFPA, l’agence des Nations Unies en charge de la santé sexuelle et reproductive, visant à lutter contre cette discrimination et donner aux hommes et aux garçons en particulier les outils pour militer contre elle.

En effet, comme le déclare la Dr Natalia Kanem, directrice exécutive de l’UNFPA : « En encourageant les femmes et les filles à poursuivre leurs ambitions de vie, de famille et de carrière, nous les poussons à réaliser leur plein potentiel et mobilisons les capacités de direction, de création et d’innovation de la moitié de l’humanité pour une société meilleure ».

La remise en question des normes à la « Papa School » en Azerbaïdjan

Dans un pays où la préférence pour les garçons reste très répandue, Tofig Sadikhov, qui est père de deux enfants, explique qu’après la naissance de sa fille aînée, lorsque sa femme est retombée enceinte, ses proches et ami·e·s lui rappelaient sans cesse l’importance « d’un frère pour une sœur ».

M. Sadikhov n’avait cependant qu’un seul souhait : un bébé en bonne santé. Garçon ou fille, sa femme et lui voyaient cet enfant comme une bénédiction. Toutefois, en Azerbaïdjan, beaucoup pensent différemment. Les raisons peuvent être financières, car l’héritage et les droits de propriété foncière passent principalement par les membres masculins de la famille dans le pays, et les hommes gagnent souvent un salaire supérieur à celui des femmes. Les normes sociales attribuent également certains rituels religieux ou culturels aux fils.

Pourtant, même les stéréotypes les plus ancrés peuvent être remis en question, comme le montre la Papa School (« écoles des papas ») de l’UNFPA en Azerbaïdjan. Cette initiative propose aux hommes de suivre des séances de coaching pour devenir plus investis en tant que pères et partenaires, et leur offre aussi un espace sûr pour discuter de la discrimination entre les genres, et de comment elle les affecte eux, ainsi que leurs familles et la société toute entière.

M. Sadikhov raconte que de nombreux hommes sont venus le voir après les séances pour exprimer leur regret d’avoir poussé leur partenaire à interrompre une grossesse qui devait voir naître une fille.

« Les conversations et les formations que nous avons menées avec des centaines de pères ont été très touchantes : nous avons pu voir leurs attitudes changer, observer l’atmosphère de respect mutuel et de confiance qui existait entre eux, et constater combien d’hommes sont devenus une meilleure version d’eux-mêmes », se réjouit-il.

 

Un groupe de personnes applaudit.
Une séance du Club de paternité responsable dans la province de Bac Giang, au Vietnam. © UNFPA Vietnam

 

S’engager pour l’égalité des genres au Vietnam

À plus de 8 000 kilomètres de là, au Vietnam, M. Nguyen* a subi des pressions similaires : après avoir eu deux filles, il avait commencé à rechercher des moyens de faire en sorte que sa femme accouche d’un garçon la fois suivante.

Sa réflexion révèle à quel point les rôles de genre sont ancrés dans la société vietnamienne. « L’important, c’est que la lignée continue, parce que mon père était l’aîné et que je suis son seul fils. »

Selon le recensement 2019 du Vietnam, le ratio garçons-filles à la naissance a été cette année-là de 111,5 garçons pour 100 filles, ce qui est plus élevé que le ratio biologique standard, qui se situe autour de 105 garçons pour 100 filles. Ce déséquilibre provient de la sélection prénatale en fonction du sexe, sans laquelle on estime que 45 900 filles supplémentaires viendraient au monde dans ce pays chaque année.

Pour lutter contre ce phénomène, l’UNFPA a débuté une collaboration avec le gouvernement du Vietnam ainsi qu’avec le Syndicat vietnamien des agriculteurs pour mettre en place dix Clubs de paternité responsable dans les provinces de Bac Giang et Ba Ria-Vung Tau. Ces clubs proposent un espace d’apprentissage pour aborder les questions des rôles genrés dans la société, de l’éducation des enfants et de la pression à avoir des garçons (et comment la surmonter). De façon plus générale, on constate que ces clubs ont poussé plus d’hommes à prendre leurs responsabilités au sein du foyer, et ont permis de réduire le nombre de ceux qui pensent que chaque famille doit avoir au moins un fils pour perpétuer sa lignée.

M. Nguyen explique moins s’inquiéter de savoir qui prendra soin de lui et de sa femme lorsqu’ils vieilliront, ou d’avoir d’autres enfants. « Si mes filles sont bien élevées et réussissent dans la vie, cela me suffit. »

Lutter contre l’inégalité entre les genres a des effets bénéfiques prouvés sur toute la société, mais il est fondamental d’avoir conscience de la valeur des filles et des contributions qu’elles peuvent apporter pour changer les comportements et croyances néfastes. Comme l’indique un autre membre du Club de paternité responsable : « avant, je ne rêvais que d’un fils. Depuis que je suis passé par le club, j’ai compris que le genre de mon enfant n’a pas d’importance, tant que je suis en mesure de l’élever correctement. »

* Le nom a été changé pour préserver l’anonymat

Photo de titre : Tofig Sadikhov, père de deux enfants, est animateur au sein du programme Papa School de l’UNFPA. © UNFPA Azerbaïdjan

SOURCE : https://www.unfpa.org/fr/news/comment-l%E2%80%99unfpa-encourage-les-hommes-et-les-gar%C3%A7ons-%C3%A0-abandonner-leurs-attitudes