En Afrique subsaharienne, les élections de 2023 ont concerné 18 chambres de 13 pays, dont la RDC. En moyenne, 19,1 % des parlementaires élus dans la région étaient des femmes, soit une augmentation de 3,9 points par rapport aux résultats du renouvellement précédent des mêmes chambres. Il s’agit de la plus forte progression régionale enregistrée en 2023. La représentation des femmes a augmenté dans 11 chambres, avec des gains importants en Eswatini (à la chambre haute), au Bénin et en Sierra Leone. Dans quatre chambres elle est inchangée (ou accuse une variation ne dépassant pas 1 point), tandis qu’elle a baissé dans trois chambres : en Guinée-Bissau, au Libéria (à la chambre basse) et au Nigéria (à la chambre haute). Et enRDC ?

L’Union interparlementaire (UIP), dans son rapport « Les femmes au parlement en 2023,  Regard sur l’année écoulée« ,2023-women in parliament_FR 05 infographie_0 a très récemment fait le bilan de la participation politique de la femme dans tous les pays ayant connu des élections durant l’année 2023.

Parmi les 13 pays concernés par les renouvellements de 2023, les plus fortes proportions de femmes élues au parlement ont été enregistrées dans les chambres hautes du Zimbabwe (45 %) et d’Eswatini (43,3 %). En revanche, le Nigéria a élu le parlement le plus éloigné de la parité de cette région, avec seulement 2,8 % de femmes parlementaires à la chambre haute et 3,9 % à la chambre basse à l’issue des scrutins de 2023.

Début 2024, la représentation des femmes dans les parlements des pays d’Afrique subsaharienne atteignait 27,3 %, en hausse de 0,8 point par rapport à l’année précédente. Ce chiffre classe la région en troisième position à l’échelle mondiale.

 

Voici le classement des  46  pays ayant connu des élections par ordre de pourcentage de femmes (du plus élevé au plus bas) au sein de leur parlement. La dernière colonne à droite permet de voir si le pays a mis en place des mesures temporaires spéciales, des quotas législatifs (quotas de candidates ou sièges réservés) et/ou des quotas volontaires de partis. Sur les 30 premiers pays de ce classement (avec 20% et plus de 20% de femmes au parlement), 25  avaient mis en place des mesures spéciales temporaires. Sur les 16 derniers du classement (de 0% à 20% de femmes au parlement), 10 pays, dont la RDC 37ème, n’ont pas mis en place ces mesures spéciales temporaires.

Avancées décisives en Sierra Leone grâce au quota obligatoire de 30 % de femmes

En janvier 2023, la Sierra Leone a adopté une loi sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes introduisant un quota obligatoire de 30 % de femmes parmi les candidats aux élections. Quelques mois plus tard – en juillet 2023 – ont eu lieu les premières élections pour lesquelles le quota était applicable. En amont du scrutin, l’Union interparlementaire (UIP) a organisé une série d’ateliers de promotion de la nouvelle loi. À cette occasion des recommandations ont été données sur une série de questions, notamment la façon d’apporter un soutien optimal aux candidatures féminines.

Des parlementaires – hommes et femmes – ainsi que les membres du forum parlementaire des femmes ont bataillé au sein de leurs partis pour que davantage de femmes figurent sur les listes de candidats. Sur les 135 sièges concernés par l’élection, 41 ont été remportés par des femmes, soit 30,4 % des sièges soumis à un renouvellement au suffrage direct. Par ailleurs, en 2023, une seule femme a été élue à l’un des 14 sièges réservés aux chefs traditionnels élus au suffrage indirect.

Au bout du compte, les femmes constituaient 28,2 % de l’ensemble des 149 parlementaires, soit une augmentation de 15,9 points par rapport aux résultats issus des élections précédentes antérieures à la nouvelle loi.

Avancées décisives aussi au Bénin grâce à un nouveau code électoral instaurant des « sièges réservés » aux femmes

Au Bénin, 28 femmes ont été élues au parlement, un record historique pour ce pays. Elles représentent plus d’un quart (25,7 %) de l’ensemble des parlementaires, ce qui marque un bond de 18,5 points de pourcentage par rapport à la situation antérieure. Cette importante augmentation est le résultat d’un amendement constitutionnel et de l’adoption subséquente, en 2019, d’un nouveau code électoral réservant 24 sièges parlementaires à des femmes. À la suite de cette réforme, fruit d’un dialogue encouragé par l’UIP entre les dirigeants parlementaires et les parties prenantes concernées, les femmes ont constitué 26,3 % des candidats aux élections de 2023 – contre seulement 8,4 % au scrutin précédent. Le Bénin, qui début 2023 pointait en 169e position dans le classement mondial de la représentation parlementaire des femmes, s’est ainsi hissé à la 87e place en fin d’année.

Déceptions au Nigéria où des quotas électoraux par sexe, n’avait pas été mis en place

Au Nigéria, la représentation des femmes au Sénat (chambre haute), qui était déjà très faible, a encore reculé de 3,7 points en 2023. Trois femmes seulement ont été élues, soit à peine 2,8 % de l’ensemble des sénateurs. Les femmes restent également très sous-représentées à la Chambre des représentants (chambre basse) : en 2023, les 14 femmes qui ont remporté l’un des 358 sièges de cette chambre constituent 3,9 % des membres de cette chambre – en légère hausse par rapport aux 3,4 % enregistrés à l’issue des précédentes élections.

En 2023, les femmes constituaient 8,4 % des candidats à un siège au Sénat et 9,2 % des candidats à un siège à la Chambre des représentants. Dans 5 des 36 États qui composent le Nigéria, il n’y avait aucune femme parmi les candidats à un siège de sénateur. Les femmes avaient très peu de chances de figurer sur une liste de l’un des principaux partis politiques. Une étude montre en effet que 90 % des candidates aux élections de 2023 représentaient de petits partis.

Le Nigéria, qui figure parmi les cinq pays les plus mal placés dans le classement mondial de la représentation des femmes dans les parlements, a toujours eu une très faible proportion de femmes parlementaires. Une étude commandée par l’UIP a mis en évidence un certain nombre de facteurs institutionnels et socioculturels qui empêchent les Nigérianes de participer à la politique sur un pied d’égalité avec les hommes. Citons parmi ceux-ci le verrouillage au niveau des partis politiques, les importants droits d’enregistrement des candidats, les horaires peu commodes des réunions politiques, le coût élevé des campagnes électorales, les actes de violence et de harcèlement sexuel, le clientélisme (et, par voie de conséquence, la dépendance vis-à-vis d’un petit nombre de réseaux masculins), l’interdiction des candidatures indépendantes et les normes sociales patriarcales. Depuis 2020, l’UIP intervient auprès de l’Assemblée nationale du Nigéria pour l’aider à déterminer les moyens à adopter pour favoriser une représentation plus égalitaire et plus inclusive des femmes au parlement. Toutefois, aucune des mesures envisagées, parmi lesquelles l’adoption de quotas électoraux par sexe, n’avait été mise en place en amont des élections de 2023

Conclusion : Deux pas en avant, un pas en arrière

C’est évident : deux pas en avant vers la parité, en Sierra Leone et au Bénin, deux pays où des lois ont mis en place des mesures spéciales temporaires, quotas obligatoire de femmes et sièges réservés; un pas en arrière, au Nigéria, pays où aucune de ces mesures n’a été mise en place.

Il faut savoir en tirer les leçons, aussi pour la RDC qui, suite aux élections de 2023, n’a franchi aucun pas vers la parité et a même connu un pas en arrière, au niveau des élections des assemblées provinciales.

Comme au Nigeria, les mêmes causes produisent les mêmes effets : le refus des hommes politiques congolais d’introduire dans la Constitution et dans les lois des mesures spéciales temporaires (quotas obligatoire de femmes, sièges réservés, etc.) produit les mêmes effets, la stagnation et même le recul de la participation des femmes dans les instances politiques de prises de décision.

De quoi s’interroger sur la « stratégie perdante » suivie depuis les élections de 2006, 2011, 2018, 2023 qui a fait complètement faillite et de mettre en oeuvre une « stratégie gagnante » qui a montré son efficacité non seulement dans le monde mais aussi en Afrique et plus précisément dans presque tous les pays voisins de la RDC.

 

LIRE L’INTEGRALITE DU RAPPORT DE L’UNION INTERPARLEMENTAIRE : 

« Les femmes au parlement en 2023,  Regard sur l’année écoulée« ,2023-women in parliament_FR 05 infographie_0

 

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